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La Tevis Cup

Un rêve qui s'est réalisé...

Note de l'auteur, 15 ans après: Il y a donc quinze ans que j'ai pu terminer la Tevis, quinze ans que j'ai rencontré ma grande amie américaine amie Steph Teeter, quinze ans que j'ai choisi Orfeo presque par hasard dans un pré. En vérifiant et en illustrant ce texte original, toujours la même émotion. La Tevis, cela reste quand même mon plus beau souvenir! En plus ma première 160! Faut qu'on soit cinglés dans ce sport! Léonard Liesens.

 


La fameuse boucle


Carte de la course


Notre équipe la veille

En arrivant à Emigrant Pass

En montant vers Emigrant Pass

Squaw Valley

Squaw Valley

Cougar Rock vu d'en bas

La vue classique de Cougar Rock

On arrive à Robinson Flat

Descente dans le canyon - 45*C

Souvenir peu précis, après Granite?

Foresthill, dernière des trois assistances

Steph franchit No Hands Bridge

Au bord de l'American River

C'est fini, on a terminé
(la vache, quelle tête)

Et le lendemain, mal partout mais qu'importe


La Tevis Cup en chiffres

La course existe depuis 1955
Depuis 1955 6.145 cavaliers ont tenté l'épreuve et 3.638 l'ont terminée.
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Depuis 1989, le nombre d'inscription est limité à 250
Le vainqueur de la Tevis est un cheval arabe dans 94% des cas (80% sont des arabes pur sang); il en va de même pour la Haggin Cup qui récompense la meilleure condition.

La répartition en termes de robe :
bai(39%), gris(30%), alezan(30%)/

En termes de sexe :
hongres(70%), juments(20%), étalons(10%).

Un cheval a gagné 6 fois :
Witezarif HCC monté par Donna Fitzerald
HCC Gazal, monté par Julie Suhr a gagné 3 fois la Haggin Cup.

C'est au contrôle de Robinson Flat (Mile 32) que l'on enregistre le plus d'éliminations (33%).

Le dénivelé est impressionnant : on monte de 5.200 mètres et on descend de 6.600 mètres+

Depuis 1990, le temps du vainqueur est de l'ordre de 15:30. Cependant en 1981, un hongre arabe de 7ans a gagné en 10:46.

4 cavaliers ont terminé la course 20 fois dont Julie Suhr et Hal Hall. 6 chevaux ont terminé plus de 10 fois (5 hongres, 1 jument).

Cavaliers balayeurs : La course est suivie par une sorte de camion-balai, comme au Tour de France, mais ce sont ici des cavaliers équipés de téléphones cellulaires prêts à aider les cavaliers et chevaux en difficulté.

Le tailing : On saisit la queue du cheval qui vous tire durant l'ascension. Cette technique permet un gain de 30 battements/seconde (et ne fatigue pas le cavalier!)*

 

 

La Tevis Cup... le rêve de chaque cavalier d'endurance. Pouvoir arborer fièrement cette fameuse boucle de ceinturon et s'entendre dire là-bas : "So, you did it! Good job!"

La Tevis Cup... Chaque cavalier d'endurance connaît, chaque magazine équestre a au moins publié un article sur l'événement, tout passionné du cheval arabe en a certainement entendu parler. C'est la course d'endurance réputée comme étant la plus dure au monde.

La course existe depuis 1955. Elle emprunte la partie la plus rude de la 'Western States Trail' qui s'étend de Salt Lake City en Utah à Sacramento en Californie. Cette piste était utilisée par les Indiens, puis vers 1849 par les hommes et femmes de la ruée vers l'or. Sur les 100 miles(160 Km) de la Tevis, la piste monte de 18.000 pieds et descend de 22.000. La plus grosse partie de la traversée s'effectue dans des endroits sauvages et accessibles seulement à pied, à cheval ou par hélicoptère (nous avons d'ailleurs dépassé un cheval souffrant d'une myopathie sévère qui sera évacué, nous l'apprendrons plus tard, par hélitreuillage).

 

L'organisation de la course

Seulement 3 vet checks sur le parcours sont accessibles aux équipes d'assistance: aux 36, 63 et 69 miles. Les deux premiers comportent un arrêt obligatoire d'une heure.

Les autres sont des vet gates, placés en moyenne tous les 10/12 miles et sont pourvus d'une assistance commune assurée par quelques 800 volontaires amenés la veille. Cavaliers et chevaux y trouvent de quoi se nourrir et s'abreuver.

Le strict nécessaire(electrolytes, easyboot, powerbars, bouteilles) devra être emporté par chaque cavalier. A chaque point de contrôle est associé un 'cut-off time'; si vous arrivez trop tard, l'élimination est automatique.

Les contrôles sont très sévères mais teintés de l'esprit bon enfant typiquement américain. Le vet est là pour vous aider à terminer la course, mais s'il y a le moindre doute, l'élimination est immédiate (cette année, sur 230 participants, près de 60% ont été éliminés).

La course démarre le samedi à 5 heures du matin et il faut arriver avant le dimanche à 5 heures du matin au stade d'Auburn. 'To finish is to win' prend vraiment ici toute sa signification!

Chaque année, la course attire plus de 200 participants pour lesquels obtenir la fameuse boucle Western et ensuite l'exhiber sur leur Levis501 ou leur Wrangler est une fin en soi.

La Tevis Cup a toujours été remportée par un cheval arabe ou ayant du sang arabe, sauf en 1960 où c'est un mustang qui s'est imposé.

Dans la version moderne du parcours, le vainqueur termine en moyenne en 15 heures. La Haggin Cup récompense le cheval ayant la meilleure condition parmi les dix premiers et a, depuis 1975 toujours été remportée par un cheval arabe.

 

Comment y participer?

Pour moi, américanophile et cavalier national d'endurance depuis plus de 10 ans sans grandes prétentions mais essayant malgré tout de faire les choses correctement, la Tevis était un rêve quelque peu inaccessible : comment trouver un bon cheval, comment nouer des liens de confiance avec des propriétaires ou loueurs professionnels, comment organiser tout cela avec 10 heures de décalage horaire?

Internet a tout changé... Un forum de discussion consacré à l'endurance existe sur le Net depuis 2 ans et il est très actif. Les contacts y sont nombreux et la passion qui nous anime tous y crée une atmosphère incomparable. J'ai pu échanger nombre de 'mails' avec beaucoup de cavaliers américains, certains réputés, d'autres moins, aucuns n'ayant la grosse tête.

Après différents échanges de mails avec Stephanie Teeter, cavalière expérimentée et organisatrice du forum de discussion, nous en sommes venus à parler de la Tevis. Elle comptait y aller cette année pour la première fois, alors pourquoi pas avec moi...

Dès cet instant, nos courriers électroniques entre la Belgique et Moscow(Idaho) ont encombré le Net… Je voulais faire les choses bien, elle aussi. Nous étions donc fait pour nous entendre. J'ai pu arranger un trip aux States au printemps. Nous avons alors pu faire réellement connaissance (f2f est l'expression cybernaute).

Nous avons participé ensemble à une 'petite' course d'endurance de 50 miles au Montana (500 kms de trajet entre Moscow et Libby, qu'est ce que c'est pour un américain...). Une découverte pour moi : des gens cordiaux, les montagnes du Montana, l'organisation parfaite de la course, le nombre de participants (30 aux 50miles, 15 aux 100 miles). Nous avons terminé 5me et 6me... Un bon présage avant le 19 juillet.

 

Les préparatifs

 

10 juillet Nous atterrissons à San Francisco (Nathalie, mon épouse, César, mon fils et Vincenzo, un ami). Voiture de location et nous voilà partis pour Santa Rosa où nous attendent Steph et son mari John après leur périple de un mois à travers l'ouest américain.
Tant mieux, les chevaux sont en forme. Grandes retrouvailles après l'expérience de Libby. Tout de suite le courant passe entre nous. Tant de choses à se dire, tant d'expériences à échanger...
14 juillet
Arrivée à Auburn, point de rassemblement de l'épreuve. La chaleur (100°F, 45°C) est au rendez vous mais cela, c'était prévu.
Nous reconnaissons une petite partie du parcours que nous ferons de nuit là où nous estimons que ce sera le plus difficile, c'est à dire dans les canyons. Je testerai seulement un petit échantillon de ce qui nous attend, mais cela je ne le savais pas…Je casse l'attache d'étrivière de ma selle Orthoflex…
Comment est ce possible? Une selle de 2 ans! Mieux vaut que cela se passe en reconnaissance! Orthoflex fera des miracles et expédiera une nouvelle selle le surlendemain.
16 juillet
Le 'clinic' comme ils l'appellent. En fait une journée où différentes personnalités se succéderont pour donner diverses explications et conseils : Becky Hart(3x championne du monde), Hal Hall(20 Tevis), Donna Snyder(ex-coach de l'équipe américaine), Mitch Benson(chef véto), Slypner (maréchal et inventeur des fers bien connus).
18 juillet
Arrivée à Robbie Park (altitude 6.500 pieds).
Des paysages sauvages, à couper le souffle, comme dans les films western et quels dénivelés et quelles pistes... La place pour un cheval, rien de plus. Tout est prêt dans nos fontes… bandanas pour la poussière, kit de survie, bouteilles, electrolytes, powerbars, appareil photo. Les sacs pour chaque assistance sont chargés. La pleine lune éclaire notre campement mais ne m'aidera pas à dormir… Pas moyen de fermer l'oeil. L'énervement, ce maudit rhume qui ne veut pas me quitter...Tant pis, on fera avec...

 

19 juillet - La course…enfin

Lever à 3 heures du matin, on se prépare, notre assistance part déjà pour Robinson Flat. On est un peu nerveux, vivement en selle.


Le départ... 230 chevaux dans le noir et la poussière, sur un chemin de 4 mètres de large, piaffant, hennissant, les cavaliers s'interpellent, difficile pour Steph et moi de rester ensemble.
Le chaos total. Parmi tous ces chevaux arabes, je m'imagine en mamelouk partant pour une razzia. Nous voulions partir dans la première moitié du peloton, il faut jouer des coudes.


Ca y est! Nous sommes partis.

La cohue est indescriptible. En plus de l'obscurité, la poussière nous aveugle et nous étouffe. Cette masse équine s'ébranle, puis s'arrête et reflue lorsqu'un cheval se met à reculer. Enfin, après 2 miles environ, la troupe s'étire…

Mais là commence la piste et une queue se forme puisque nous devons avancer en file indienne. On se met à trotter. Sukaro, mon hongre arabe est comme fou. Je n'ai pas mis de martingale. Il lève la tête et je le contrôle difficilement. J'ai peur qu'il ne se brûle prématurément. Mon moniteur cardiaque oscille entre 160 et 200 durant les premiers miles. Il faut suivre, puisque tout dépassement est pratiquement impossible.

Le jour se lève... Nous arrivons à Squaw Valley, site des Jeux Olympiques d'hiver de 1964 et nous attaquons le long col vers Emigrant Pass à 8.200 pieds d'altitude. Nous avons décidé de ralentir et de permettre à nos chevaux de souffler. Beaucoup de cavaliers nous dépassent, leur chevaux peinant dans l'ascension. Pourtant ils connaissent comme nous la réputation du premier vet check à Robinson Flat, où cette année encore 40 chevaux ont été éliminés. Nick Warhol que nous avions perdu dans la cohue du départ nous rejoint. Nous resterons ensemble jusqu'à la fin.

Le paysage est superbe, des torrents dévalent de la montagne. Sukaro est trop excité par les chevaux qui nous dépassent et ne veux pas boire. Cela m'inquiète. Je lui administre une seringue d'électrolytes en espérant que le sel le fera boire...


Emigrant Pass - Lyon Ridge… Le monument! Tous m'avaient dit de me retourner et d'admirer le décor. Ils n'ont pas menti. Il ne faut pas s'attarder, il fait froid, de la neige sur les flancs de la montagne.

Nous attaquons le 'Granite Chief Wilderness'. La piste ou plutôt le sentier devient très difficile : caillasse, éboulis, rochers, boue, torrents... Il faut faire confiance au cheval pour négocier certains passages. Nous dépassons un cheval méchamment crampé; sa cavalière ne peut qu'attendre le secours des 'cavaliers balayeurs'.

A la fin de cet enfer, nous dépassons Becky Hart dont le cheval s'est blessé. Steph lui donne un peu de 'vet wrap' pour soutenir la blessure.

On trotte partout où c'est possible. Pas de terrain plat, pratiquement pas de lignes droites : 30 mètres de terrain passable où trotter, puis de la caillasse et des rochers où il faut marcher, le précipice plusieurs centaines de mètres en contrebas. Sukaro boit enfin... il se rue maintenant sur tout se qui ressemble à de l'eau. C'est toujours cela de gagné parce que la chaleur et les canyons nous attendent.

Nous arrivons au premier vet check de Lyon Ridge. Le contrôle des allures se passe sans problème pour nous.
 

Cougar Rock - Robinson Flat... La piste se transforme en un chemin caillouteux, mais praticable au trot. Il faut en profiter.

En vue du Fameux Cougar Rock, un énorme rocher à escalader où un photographe arrivé là on ne sait comment immortalise l'instant. Nous avions décidé de ne pas prendre de risques et nous contournons le rocher. La piste s'élargit et descend jusqu'à Robinson Flat et nous prenons parfois un grand trot, parfois le galop pour dépasser quantité de cavaliers qui ont, à mon avis, eu le tort de pousser leurs chevaux dans le col vers Emigrant Pass.

Nous ralentissons au dernier mile. Dès l'arrivée, Sukaro, Kroutchev et Zion sont à moins de 64. Nous passons le contrôle. Paramètres bons sans être excellent pour Sukaro qui devrait maintenant boire et manger. Notre assistance chouchoute nos chevaux. Ils sont biens et dévorent mash, carottes et alfalfa. Nous mettons à profit l'heure de repos pour manger.


Robinson Flat - Deadwood… Nous quittons Robinson Flat. Les pistes sont meilleures : de la poussière rouge qui vous rentre dans les poumons, une descente graduelle où le grand trot est possible de même que quelques temps de canter. Nous devons améliorer notre moyenne avant les canyons. Sukaro est maintenant plus calme et je peux mieux me concentrer sur une monte plus économique. La chaleur devient accablante, environ 35°C. Arrivée au vet check de Dusty Corner (qui porte bien son nom), au 45ème mile. Nos montures boivent et boivent et boivent encore…je n'ai jamais vu cela.

Aie... Cette fois nous allons attaquer les sinistres canyons. Nous abordons le premier, de Last Chance à Deadwood. Un sentier poussiéreux, juste la place pour un cheval, la pente d'un côté, le précipice de l'autre, 10 à 20 mètres, une épingle, et ainsi de suite. D'abord la descente que nous négocions en menant le cheval par la bride. Déjà 1 heure trente dans ce canyon et la descente n'arrête pas. C'est une fournaise... Sûrement 45°C.

Enfin nous atteignons la rivière en bas. Quel plaisir pour nous et nos montures. Sukaro a dû boire 20 litres. Electrolyte à nouveau. Un pont en bois qui tangue et c'est la montée. Même topo que pour la descente, sauf que... nous sommes en selle et que Sukaro est à 180-200 la plupart du temps. Nous mettons pied à terre et les prenons par la bride. Maintenant c'est moi qui vais exploser...

Boire, pilules de sel, powerbars... Ca va mieux. Nous passons le contrôle de Deadwood après cinq minutes; Kroutchev, Zion et Sukaro ont dû vider à eux seuls un tonneau. Pour moi l'ascension a été terrible.

Stephanie constate que mon accent devient de plus en plus rugueux, ce qui est mauvais signe. Tenons bon, le prochain arrêt n'est qu'à 8 miles.


Deadwood - Michigan Bluff… Mais quels miles! Nous descendons depuis plus d'une heure dans Eldorado Canyon pour atteindre le fond. Cette fois nous pratiquons 'le tailing' pour la remontée qui nous prend pratiquement 2 heures. Monter, coup de rein et volte face dans l'épingle, monter…et cela cent, deux cents fois…

Nous avons bien fait de descendre de cheval. Arrivée à Michigan Bluff sous les encouragements de toutes les assistances "You look great! You will do it! The worst part is over…" ces américains sont fantastiques.

Nous passons après 5 minutes, pouls à 64. Les chevaux se ruent sur le foin. Notre assistance est là. Nathalie, mon épouse, m'étreint. Elle a remarqué mon état physique sûrement déplorable et m'encourage. Cela fait du bien. Il faut mettre à profit cette halte pour récupérer et se forcer à manger. Vincenzo me fait un massage dont il a le secret. Une douche me ravigote. Si Sukaro peut le faire, moi aussi.

Encouragements. On repart… Michigan Bluff - Foresthill…

Nous quittons Michigan Bluff pour le troisième canyon, sur le papier moins difficile que les deux premiers. Rebelote…Poussière, caillasse, montée, descente. Il ne doit pas y avoir un mètre de terrain plat dans la Sierra Nevada. Nous arrivons au vet check de Foresthill plus tôt que prévu. Nos chevaux sont à 54 et nous passons immédiatement. Pas de halte obligatoire. Cependant nous accordons un répit de 10 minutes à nos montures pour leur permettre de manger. Nous repartons...


Foresthill - White Oak Flat… Nous allumons nos glosticks (lumières fluorescentes) sur le collier de chasse. Après la traversée de Foresthill, commence la descente dans le dernier canyon. La luminosité décroît rapidement. Nous sommes maintenant dans l'obscurité et avançons au trot, sur un sentier étroit qui monte, tourne, descend, avec le précipice à notre gauche, parfois éclairés par la pleine lune. Devant nous, un cheval refuse obstinément d'avancer plus encore. Sa cavalière insiste. Le cheval prend peur, glisse dans le ravin. Heureusement, il se redresse au dernier moment. Claquage. Fini pour eux.

Au début, j'essayais de contrôler mon cheval dans l'obscurité, mais après deux erreurs d'appréciation de ma part, je lui laisse le contrôle de la situation. Il y voit plus que moi et c'est la partie que nous avons reconnue. Après une heure de descente, cela remonte… Nous empruntons ensuite une nouveau tracé, moins rocailleux mais aussi beaucoup moins bien balisé, que nous avions heureusement reconnu.

Nick qui était en tête laisse passer Steph avec Kroutchev qui connaît la piste. Il se joue de tous les pièges et avance comme une souris vers son fromage dans un labyrinthe. Dans l'obscurité, les distances paraissent tellement plus longues que lors de nos reconnaissances.

Nous arrivons au contrôle de White Oak Flat. Tout se passe bien. Steph et Nick avalent les sandwichs et les brownies de bon coeur. Moi je dois me forcer. Les chevaux se ruent encore sur le foin. Il nous encore 17 miles. Vais je réaliser mon rêve?

La piste vers le dernier vet check parait interminable. Nous longeons l'American River depuis combien de temps? Je perds toute notion du temps. La piste surplombe la rivière, parfois à 20 mètres, parfois à 200, parfois nous la perdons de vue à cause des dénivellations.

Nick et Steph conversent, je n'essaye plus de les comprendre. Mon cerveau est bloqué sur un point fixe : arriver au prochain vet check.

Le vet check est enfin en vue, au loin, des lumières, une sorte de camp au bord de la rivière et un serpent de lumières qui danse étrangement sur la rivière. Nick me dit que nous aurons à la traverser. Aie... encore une épreuve.

Nous arrivons sur une meilleure piste, dans le noir complet puisque nous sommes du mauvais côté par rapport à la lune. Tant pis… Nous conservons un grand trot jusqu'au contrôle. Nos chevaux se ruent sur l'alfalfa. Les bénévoles nous proposent un coke, et nous encouragent une dernière fois:

"So you are the belgian guy…You look great…You will do it".

Ils nous préviennent cependant qu'après la traversée, la montée sera rude. Nous traversons, les chevaux boivent…restera-t-il de l'eau dans la rivière… Ils ont de l'eau jusqu'au grasset. La montée... ils sont fous, je n'ai jamais grimpé cela à cheval et Dieu sait si je suis parfois casse-cou. Sukaro, lui ne fait pas le détail, il y va. Mon visage touche sa tête tellement la montée est raide. 200 mètres. On y est. L'adrénaline se calme. Moi j'ai eu peur pour la première fois...


No Hands Bridge... Nous continuons à longer la rivière vers le fameux 'No hands bridge'. De piste facile, il n'y en a pas...une sale colline, puis une autre, puis un canyon et enfin nous descendons vers le pont... les applaudissement, les encouragements des volontaires. Nous passons à pied. Nous remontons. et encore le sentier au bord des à pics. Et cela monte et descend encore...Nous laissons passer une dizaine de cavaliers pressés. Quelle différence! Terminer n'est ce pas gagner?


Le finish - Auburn Stadium... Enfin la dernière montée...Nous entendons les cris, les hourras...Il est 3H45. C'est fini. Non, cela c'était l'ancienne arrivée. Il reste encore quelques miles, encore des collines, encore de la poussière, encore de la caillasse. 4H10. Ca y est! Notre équipe nous prend en charge. Vite je place ma veste sur la croupe de Sukaro et le masse une dernière fois. Ne pas cramper au dernier trot-out. Il passe... Mon équipe me dit que ce n'est pas fini. Il faut marcher vers le stade où a lieu le dernier contrôle. Nathalie arrive avec César. On s'embrasse, on est émus... C'est trop tôt, il reste le dernier contrôle. Je cours vers le premier vet disponible, il contrôle Sukaro. Tout est bon.


C'est fini, j'ai terminé la Tevis!
Il reste le tour d'honneur dans le stade. Vincenzo court vers la tribune pour nous filmer. Steph passe devant, au trot. Elle n'aime pas le galop. Moi oui! Sukaro le prend malgré les 160 kms et les 22 heures de souffrances. Sukaro, merveilleux cheval arabe, tu es extraordinaire. Tu galopes encore comme un fou après avoir tout donné. Je suis à plat ventre sur ton encolure. Je pleure de joie, enfin! Nous terminons aux 62me et 63me place. Nous sommes partis le samedi à 5heures du matin pour arriver le dimanche à 4heures 10 du matin. De la folie!


EPILOGUE
Dans la confusion générale et nos cerveaux étant partiellement atteints, nous n'avons pas remarqué que Nick Warhol n'était pas là. Notre ami malchanceux s'est vu éliminé au dernier contrôle, pour boîterie. Nick, tu n'as pas eu ta boucle mais moralement tu as fait la course, ainsi que Zion, ton super cheval. Merci à toi Sukaro, qui m'a porté. Merci à Stephanie qui a permis cette expérience inoubliable. Merci Charlene, Michèle, Alice, Henriett, John, Vincenzo, Nathalie qui avez dû me supporter avant, pendant et après la course. Merci à tous mes amis américains et aux volontaires qui m'ont aidé et encouragé.



Granite Chief Willderness





RC Champion Endurance Clothes


Arrêtez la clope et vapotez!


Bahram des Iviers


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